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Maintenir la promesse Aller de l'avant -- Conférence internationale des parlementaires, 2002 sur la mise en oeuvre du Programme d'action de la CIPD

21-22 Novembre 2002 -- Ottawa (Canada)

Déclaration de Thoraya Ahmed Obaid, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population

21/11/2002

Introduction

Bonjour à vous tous et bienvenue à la première Conférence mondiale des parlementaires sur la mise en oeuvre du Programme d'action de la CIPD depuis le Forum de La Haye, en 1999.

Je tiens à vous remercier tous beaucoup d'avoir accepté notre invitation à participer à cette importante manifestation. Votre présence fait la preuve de votre engagement et de votre appui. Je tiens aussi à adresser mes très sincères remerciements à l'Association canadienne des parlementaires pour la population et le développement et aux autres groupes parlementaires régionaux et mondiaux pour accueillir cette conférence. Ma gratitude va également à l'Agence canadienne de développement international et à la Fondation Hewlett pour leur généreux soutien, qui a rendu cette conférence possible. En particulier, je tiens à remercier Mme Jean Augustine, Ministre, Secrétaire d'État canadienne pour le multiculturalisme et la condition féminine; Mme Susan Whelan, Ministre, Secrétaire d'État à la coopération internationale, le Sénateur Rose-Marie Losier-Cool, de l'Association canadienne; et le Dr. Hernan Sanhueza, du Groupe parlementaire interaméricain. En outre, ce serait de ma part une grave négligence que de ne pas citer le nom d'Harumi Kodama, fonctionnaire de l'UNFPA, et de la remercier pour avoir travaillé littéralement jour et nuit à organiser cette conférence.

Plus de 130 parlementaires et ministres venus de dizaines de pays appartenant à toutes les régions du globe sont réunis ici aujourd'hui. En votre qualité de parlementaires et de ministres, vous êtes de très importantes personnalités parce que vous représentez les habitants de vos pays respectifs et les aidez pour leurs droits et leurs besoins. En tant que parlementaires, vous occupez une position unique pour montrer la voie.. Vous exercez une influence aux échelons les plus élevés du gouvernement, de la société civile, de même qu'au niveau local. Vous êtes la voix du peuple et son lien naturel avec le gouvernement. Votre présence ici est des plus réconfortantes.

J'espère sincèrement que vous mettrez à profit cette occasion de réaffirmer et renforcer votre attachement au Programme d'action de la Conférence internationale sur la population et le développement. Les objectifs fixés au Caire - fournir à tous accès à la santé en matière de reproduction et à l'éducation primaire, réduire la mortalité maternelle, faire reculer le VIH/sida et avancer la cause de l'égalité entre les sexes - demeurent essentiels et accessibles. Nous devons aussi reconnaître que le Programme d'action de la CIPD et les principales mesures identifiées dans son examen après cinq ans constituent un fondement solide et sont la clef de la réalisation des objectifs de développement pour le Millénaire. La CIPD a fait preuve d'esprit visionnaire dans sa claire compréhension du présent et ses objectifs réalistes pour l'avenir.

Cette conférence se préoccupe de mettre en oeuvre le Programme d'action de la CIPD. Il nous faut intensifier notre engagement. Nous n'avons pas besoin de renégocier; nous n'avons pas besoin d'apporter des changements à des recommandations déjà fermes. Nous avons besoin de rester sur les rails, dans la ligne du consensus durement acquis qu'ont élaboré 179 pays qui cherchaient, en toute conscience, un plan de route pour assurer une meilleure vie à tous - femmes et hommes, vieux et jeunes, riches et pauvres. Plus précisément, un plan de route pour protéger et avancer l'égalité entre les sexes et pour donner à tous la possibilité de planifier leurs familles, de ne courir aucun risque durant la grossesse et l'accouchement, de se protéger du VIH/sida, et de stabiliser la population mondiale par le jeu du choix individuel sans recourir à aucun autre moyen. Ensemble, nous devons remplir cet engagement. Vous êtes les mieux placés pour remplir cet engagement. Chaque pays, grand ou petit, riche ou pauvre, en développement ou développé, doit s'acquitter de son propre rôle. Tel est le vrai sens du partenariat; tel est l'esprit de la coopération internationale.

Partenaires parlementaires

Depuis la Conférence du Caire, nous avons tous ensemble réalisé des progrès en de nombreux domaines et nous devons nous sentir fiers de nos réalisations. Aujourd'hui, beaucoup de pays trouvent place dans leurs plans et politiques de développement pour la population, l'égalité des sexes et la santé en matière de reproduction.

En tant qu'animateurs des groupes parlementaires, vous avez joué un rôle indispensable.

Le degré élevé d'officialisation et de coordination des activités parlementaires, au niveau international, dans le domaine de la population et du développement est absolument unique. Unique à un tel degré que le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, nous a demandé de faire part de notre modèle de partenariat à l'ensemble du système des Nations Unies.

Aujourd'hui, chaque région a un groupe parlementaire pour la population et le développement, auquel s'associent des groupes parlementaires analogues aux niveaux mondial et national. Ensemble, nous avons édifié un réseau mondial actif, qui grandit constamment, et ensemble nous continuerons à aller de l'avant.

Parvenue à ce point, je voudrais vous adresser des remerciements chaleureux et sincères pour votre dévouement et votre attachement. Les lettres empreintes d'inquiétude que vous avez adressées en juillet, après l'annonce faite par le Gouvernement des États-Unis qu'il envisageait de retirer son soutien financier, m'ont profondément touchés. Je voudrais aussi vous féliciter d'avoir présenté un front uni pour avancer notre cause commune à la session extraordinaire que l'Assemblée générale a consacrée l'an dernier au VIH/sida, à la session extraordinaire de cette année sur les enfants, et tout récemment, à Johannesburg, lors du Sommet mondial sur le développement durable.

Votre activité dans vos pays et communautés respectifs est tout aussi importante que votre activité au niveau mondial. Ceux d'entre vous qui viennent de pays donateurs jouent un rôle clef s'agissant de mobiliser l'appui politique nécessaire à la progression de l'ordre du jour de la CIPD.

Un environnement habilitant

Parlementaires des pays en développement, vous jouez un rôle indispensable s'agissant de créer un environnement habilitant pour la population et le développement. Depuis Le Caire, des dizaines de pays ont formulé de nouvelles politiques nationales de la population ou intégré la population à leurs plans de développement à long terme.

En formulant et en adoptant des lois relatives à la population, à la santé et aux droits en matière de reproduction et à l'égalité des femmes, vous faites passer ces questions du domaine de la théorie aux recueils de textes législatifs. Depuis Le Caire, 67 pays ont pris des mesures pratiques, adopté des lois ou changé des institutions pour promouvoir la santé et les droits en matière de reproduction. En énonçant et en exécutant des politiques et des programmes conformes à l'agenda du Caire, vous faites passer les mots des pages d'un livre à l'action réelle sur le terrain - une action qui fait une différence dans la vie quotidienne de chacun.

Du passage d'une législation interdisant l'excision féminine à l'adoption de lois réprimant la violence contre les femmes, des progrès ne cessent d'être marqués. Grâce à la formation d'accoucheuses qualifiées et aussi à l'envoi de conseillers de leurs compagnons d'âge pour arrêter la diffusion du VIH/sida, des vies sont sauvées. Et, des campagnes médiatiques à la sensibilisation des fonctionnaires de police et de justice, l'esprit du Caire se répand à travers villages et villes dans toutes les régions.

Aux Philippines, la politique suivie par le Gouvernement en matière de population recherche un équilibre entre la population, les ressources et l'environnement. Par ce moyen, le Gouvernement vise à réduire la dégradation de l'environnement, la pauvreté, l'inégalité entre les sexes et la croissance démographique. Au Nigéria, l'hôpital Ahmadu Bello a trouvé un moyen d'introduire l'agenda de la CIPD dans la ville de Zaria. Avec des ressources limitées, l'hôpital a adopté une approche intégrée, axée sur le client, de la planification familiale et des soins de santé en matière de reproduction. En Turquie, au centre hospitalier universitaire d'Istanbul, on s'est efforcé de faire participer les pères à la promotion de la santé post-partum. De ce fait, la communication s'est améliorée entre les époux concernant les problèmes relatifs à la grossesse, à l'accouchement et à la santé post-partum.

Depuis Le Caire, 76 pays environ ont signalé avoir pris d'importantes mesures pour améliorer l'égalité entre les sexes, ce qui recouvre des lois protégeant les droits à l'emploi et à la succession, ou interdisant les pratiques traditionnelles nuisibles, une législation plus stricte réprimant la violence contre les femmes, et la création ou le renforcement d'un Bureau des affaires féminines au sein du gouvernement. Des dizaines de pays ont pris des mesures pour promouvoir l'éducation primaire féminine

Un engagement plus ferme est nécessaire

Mais, bien que nous ayons fait d'importants progrès, ce serait nous tromper que de croire ces progrès suffisants.

Aujourd'hui, plus d'un milliard de personnes vivent dans une pauvreté extrême, avec moins d'un dollar par jour, et un autre milliard s'ajoutera à la population mondiale - presque exclusivement dans les pays pauvres - d'ici le moment où nous sommes supposés atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire, c'est-à-dire en 2015. Aujourd'hui, plus de 800 millions de personnes se couchent chaque jour la faim au ventre, et la pénurie d'eau est de plus en plus préoccupante. La tâche redoutable qui nous attend est d'assurer une meilleure qualité de vie à ceux qui vivent aujourd'hui dans la pauvreté et d'assurer une bonne qualité de vie au milliard de personnes qui s'ajouteront à la population de la planète d'ici l'an 2015. Cela exige une croissance économique substantielle, la protection des ressources naturelles nécessaires à la vie, et le renforcement de la société et de ses institutions.

Mes amis, nous ne pouvons affronter les défis énormes que nous lancent aujourd'hui la pauvreté, la faim, la maladie et la destruction de l'environnement, à moins d'aborder les problèmes de la population et de la santé en matière de reproduction.

Santé et droits en matière de reproduction

La mauvaise santé en matière de reproduction est une cause majeure de décès et d'incapacité permanente pour les femmes du monde en développement et demeure l'un des domaines les plus négligés de la santé publique. Selon un nouveau rapport de l'Organisation mondiale de la santé, avoir des relations sexuelles dans des conditions dangereuses constitue la deuxième cause de morbidité et de mortalité à l'échelle mondiale. Aujourd'hui, 350 millions de femmes se voient refuser l'accès à un éventail de méthodes de planification familiale sans danger et efficaces. Aujourd'hui, 58 millions de femmes mettent au jour sans aucune aide médicale et sans assistance qualifiée. Et ce manque de services élémentaires de santé en matière de reproduction est à la source de terribles souffrances humaines et aggrave la pauvreté des familles comme celle des pays.

Aujourd'hui, chaque minute, 380 femmes deviennent enceintes; et la moitié d'entre elles n'avaient pas planifié ou souhaité leur grossesse. Chaque minute, 110 femmes souffrent d'une complication liée à la grossesse. Chaque minute, 100 femmes ont un avortement, dont 40 sont pratiqués dans des conditions dangereuses. Chaque minute, il y a 10 séropositifs de plus, dont la moitié sont des jeunes, surtout des jeunes femmes ; chaque minute, une femme meurt d'une cause liée à la grossesse.

L'accès aux soins de santé en matière de reproduction est une question de vie ou de mort. Assurer l'accès de tous à ces soins réduira les taux de mortalité maternelle et infantile, dans la ligne des objectifs de développement pour le Millénaire. C'est aussi une question de droits de la personne. Chaque femme et chaque couple ont le droit de déterminer le nombre de leurs enfants, le moment et l'espacement de leur naissance, et d'avoir les moyens de le faire. Et chaque femme a le droit de prendre des décisions concernant la reproduction à l'abri de toute discrimination, violence et coercition. Ces droits en matière de reproduction acceptés au niveau international sont des droits élémentaux de la personne - droits qui malheureusement continuent d'être violés de manière systématique et sur une vaste échelle - et des droits qu'il faut absolument défendre.

La CIPD et l'égalité entre les sexes

Aujourd'hui, les deux tiers des pauvres et des illettrés du monde entier sont des femmes. Dans toutes les parties du monde, les femmes affrontent des menaces à leur vie, à leur santé et à leur bien-être, parce qu'elles sont à la fois surchargées de travail et appréciées au-dessous de leur valeur, et parce qu'elles n'ont ni pouvoir ni influence. La pauvreté qu'elles affrontent n'est pas seulement la pauvreté du revenu. C'est la pauvreté du manque de perspectives, de liberté et de choix. Beaucoup sont prisonnières d'un mode de vie où elles restent pieds nus et enceintes, incapables de lire, incapables de gérer leur fertilité, incapables de déterminer le nombre de leurs enfants et l'espacement de leur naissance. En outre, des millions de filles et de femmes sont victimes de la violence sexiste et du trafic des humains.

La pleine et égale participation des femmes à tous les aspects de la société et l'élimination de toutes les formes de discrimination sont des objectifs prioritaires proclamés par la communauté internationale. Le moment est arrivé de réaffirmer et de renforcer notre attachement à la cause de l'égalité des sexes et de l'affranchissement des femmes, et de prendre des mesures qui aient un impact réel. L'éducation, l'accès à des moyens d'existence assurés et aux ressources économiques, aux droits juridiques et aux soins de santé, tout cela est absolument essentiel. L'expérience montre que les programmes de population et de développement sont les plus efficaces quand des mesures ont été prises simultanément pour améliorer la condition féminine.

Les MDG et la CIPD

Si nous entendons véritablement atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire, nous devons réaffirmer et renouveler notre attachement au Programme d'action de la CIPD. Que nous venions d'un pays développé ou d'un pays en développement, nous tous qui sommes dans cette salle comprenons que la population est une question transsectorielle qui touche à tous les autres problèmes de développement. L'état de l'environnement, la paix et la sécurité, le niveau de vie et le développement économique subissent tous l'impact de la dynamique démographique, telle qu'elle s'exprime à travers les migrations, le vieillissement, l'urbanisation et la croissance démographique.

Cependant, nous savons tous que la population n'est pas une question de nombres. C'est une question d'individus, une question de les aider à s'aider eux-mêmes, de manière à ce qu'ils puissent faire leurs propres choix et donner corps à leurs rêves.

Le rôle de l'UNFPA

Depuis plus de 33 ans, l'UNFPA a eu pour tâche de faire en sorte que les femmes puissent planifier leurs familles, survivre à l'accouchement et avoir des bébés en bonne santé, et plus récemment de faire en sorte que chacun puisse se protéger du VIH/sida. L'UNFPA aide 142 pays, sur leur demande, à aborder les problèmes de population et de santé en matière de reproduction et il fait prendre conscience de ces problèmes.

L'UNFPA a la confiance et le respect des gouvernements aussi bien que des ONG. On nous respecte pour notre universalité, notre neutralité politique et notre sensibilité aux différences culturelles. Nous respectons les cultures locales, nous respectons aussi les droits internationaux de la personne et nous sommes opposés à la coercition où qu'elle s'exerce.

Aujourd'hui, plus de huit ans après la Conférence du Caire (1994), la tâche de donner à tous accès aux services de santé en matière de reproduction est devenue encore plus urgente à l'heure où la génération de jeunes la plus nombreuse qui ait jamais existé entre dans la période procréatrice de la vie et où le VIH/sida continue de se répandre, laissant dans son sillage d'énormes souffrances et destructions.

La santé des adolescents en matière de reproduction et le VIH/sida

Aujourd'hui, notre planète compte plus d'un milliard de jeunes âgés de 15 à 24 ans qui ont abordé ou sont en train d'entrer dans la période procréatrice de leur vie. Trop d'entre eux grandissent dans la pauvreté, au milieu des conflits, ou dans des environnements où ils ont peu de chances ou d'espoir d'avoir une vie productive et digne. C'est la toute première génération qui grandit avec le VIH/sida, la mort et la vue quotidienne d'enfants orphelins et/ou abandonnés. Au cours de la prochaine décennie, 600 millions de filles, aborderont l'adolescence. Le mariage précoce, les grossesses d'adolescentes, l'exploitation sexuelle et les infections sexuellement transmissibles, dont le VIH/sida, sont des problèmes réels qui exigent des réponses réelles.

Chaque année, 15 à 17 millions d'adolescentes sont enceintes et plus de 4 millions recourent à l'avortement, dont 40 % sont pratiqués dans des conditions dangereuses. Chaque minute, cinq jeunes deviennent séropositifs. Les adolescents et les jeunes d'aujourd'hui ont un besoin désespéré d'informations fiables et objectives et d'un éventail complet de services de qualité pour protéger leur santé et leur avenir.

Tous ensemble, nous devons amplifier nos réponses collectives ou sur le plan national au VIH/sida. Dans les pays durement touchés, des millions d'individus souffrent et le tissu social est en train, littéralement, de se défaire. Tandis que les hommes sont les principaux responsables de la diffusion de l'infection, ce sont les femmes qui sont le plus durement touchées, leur situation s'aggravant encore du fait qu'elles sont les plus pauvres d'entre les pauvres. En tant que cogarant d'ONUSIDA, l'UNFPA a pour préoccupation majeure de prévenir le VIH. Tous ensemble, nous devons amplifier notre réaction pour faire reculer la marée de l'infection. Le sida est une urgence mondiale qui exige une réaction mondiale

Le financement de la CIPD

Cependant, en dépit de besoins croissants, les moyens de financement ne grandissent pas au même rythme. À la Conférence internationale sur la population et le développement, les gouvernements ont déterminé les montants nécessaires aux secteurs "population" et "santé en matière de reproduction". Ils ont décidé que le monde devrait fournir 17 milliards de dollars d'ici l'an 2000 mais, jusqu'à présent, cet objectif n'a été couvert qu'à concurrence de 66 %, bien que la date limite soit dépassée de deux ans.

Les donateurs internationaux ont contribué moins de la moitié du chiffre fixé, soit 45 % des 5,7 milliards de dollars attendus. Les pays bénéficiaires de programmes ont contribué 76 % de leur part, ce qui souligne la profondeur de leur engagement. Au total, le financement de base de l'UNFPA est tombé de 26 % depuis 1995, l'année qui a suivi la CIPD, alors que nous nous attendions absolument à une augmentation pouvant atteindre 100 % à l'heure où nous sommes.

Sans aucun doute, l'UNFPA n'est pas l'unique victime de la baisse générale de l'aide publique au développement intervenue depuis la fin de la guerre froide. Mais, alors que nous nous mobilisons pour réduire la pauvreté, l'inégalité entre les sexes et la mortalité maternelle, nous devons renforcer notre engagement à l'égard du Programme d'action du Caire.

Si les gouvernements avaient respecté leurs engagements, l'UNFPA disposerait actuellement d'au moins 500 millions de dollars et la FIPF, d'au moins 200 millions de dollars. En fait, les deux organisations n'ont ensemble qu'environ 350 millions de dollars, c'est-à-dire beaucoup moins du montant nécessaire pour répondre aux exigences actuelles et aux objectifs internationaux. Si les gouvernements maintenaient leur niveau le plus élevé de contribution, le budget de base de l'UNFPA se chiffrerait aujourd'hui à 365 millions de dollars, au lieu de 248.

Comme vous le savez tous, le Gouvernement des États-Unis n'a pas versé cette année à l'UNFPA la contribution de 34 millions de dollars approuvée par le Congrès. La perte de 34 millions de dollars aura des effets catastrophiques pour les femmes et leurs familles dans les pays les plus pauvres. Les femmes du monde entier comptent sur le Fonds des Nations Unies pour la population pour assurer des services de santé durant la grossesse et l'accouchement, une planification familiale dispensée sans exercer de contrainte, et des services destinés à les protéger du VIH/sida et des autres infections sexuellement transmissibles. En termes concrets, nous estimons que 34 millions de dollars affectés à la santé en matière de reproduction et à la planification familiale suffiraient à prévenir : 2 millions de grossesses non désirées, près de 800 000 avortements provoqués, 4 700 décès maternels, près de 60 000 cas sérieux de morbidité maternelle , et plus de 77 000 décès de nourrissons et de jeunes enfants.

Sans aucun doute, nous vivons des temps difficiles, mais c'est seulement au moyen d'un développement équilibré que nous pouvons sauver des vies, accroître les chances, donner des ailes à l'espérance, et créer un monde meilleur et plus stable pour tous. Le Programme d'action du Caire était une victoire durement gagnée et c'est une victoire dont nous devons tous être fiers.

Polémique/Désaccord

Cependant, certains mettent en question le consensus de la CIPD et le rôle de l'UNFPA. Un groupe bruyant est allé jusqu'au point d'affirmer qu'il entendait enfoncer le dernier clou dans le cercueil de l'UNFPA et tarir la source de son financement. Malheureusement, cette campagne est devenue systématique et mondiale, et elle a trouvé une voix dans les assemblées parlementaires de nos principaux donateurs. Ces groupes affirment s'opposer à l'avortement, mais ils refusent de reconnaître que l'unique parade efficace à l'avortement consiste à promouvoir la santé en matière de reproduction sous tous ses aspects, y compris la planification familiale. Mes amis, nous ne devons pas permettre à un groupe d'idéologues peu nombreux, mais très déterminés et bruyants d'effacer les progrès réalisés au bénéfice des femmes et de diluer les droits de la personne internationalement reconnus et le consensus du Caire.

À ceux qui s'opposent au Programme d'action de la CIPD et à ceux qui s'opposent à l'UNFPA au prix de mensonges et d'accusations fausses, je demande : Que feriez-vous si ces femmes, ces hommes et ces jeunes sans visage, éparpillés dans le monde entier, étaient des membres de votre propre famille? Je vous soumets l'idée qu'ils le sont … parce que nous vivons tous dans un village planétaire. Nous sommes une seule famille humaine qui se divise dangereusement entre les nantis et les dépourvus.

L'UNFPA prend solidement appui sur l'assise des normes internationalement acceptées en matière de droits de l'homme, et tous nos programmes sont conformes à ces normes.

Les accords atteints par consensus à la Conférence du Caire et à l'examen de sa mise en oeuvre cinq ans plus tard représentent une approche équilibrée et pragmatique des problèmes de population et de développement - une approche centrée sur les droits de la personne et sur le développement durable. Ensemble, ces accords abordent les besoins de toutes les parties intéressées, à savoir les gouvernements, les individus, les familles, les jeunes, les parents, les dirigeants de la société civile, et de toutes les grandes religions. Le Programme d'action de la CIPD trouve donc place et prête attention à tout, depuis l'abstinence jusqu'à la satisfaction des besoins encore non satisfaits en matière de planification familiale de manière à rendre l'avortement sans danger là où la pratique de l'avortement n'est pas contraire à la loi, tout en reconnaissant que l'avortement ne doit en aucun cas être encouragé comme méthode de planification familiale. L'UNFPA ne prête pas appui aux services qui pratiquent l'avortement et ne l'a jamais fait, malgré les allégations de nos adversaires. Nous prêtons néanmoins appui au traitement des complications de l'avortement pratiqué dans des conditions dangereuses afin de sauver la vie de femmes.

Permettez-moi maintenant de parler clairement. Au contraire de ce qu'affirment nos critiques, le Programme d'action de la CIPD ne contient pas d'agenda caché ni de codes secrets. La langue est extrêmement claire. Le Programme d'action de la CIPD déclare, je le cite : " Tous les gouvernements et les organisations intergouvernementales et non gouvernementales intéressées sont vivement invités à renforcer leur engagement en faveur de la santé de la femme, à traiter les conséquences des avortements pratiqués dans de mauvaises conditions de sécurité en tant que problème majeur de santé publique, et à réduire le recours à l'avortement en étendant et en améliorant les services de planification familiale. La plus haute priorité doit toujours être accordée à la prévention des grossesses non désirées et tout devrait être fait pour éliminer la nécessité de recourir à l'avortement. ". Fin de citation.

C'est exactement ce que nous tous, présents dans cette salle, sommes en train de faire, et nous devons maintenir le cap.

Les accords atteints par consensus au Caire en 1994 et à New York en 1999 soulignent l'importance d'améliorer la santé en matière de reproduction des adolescents, qui demeurent vulnérables, surtout du fait de la propagation du VIH/sida. Les accords reconnaissent le caractère délicat de ces problèmes, ainsi que l'importance de les aborder dans un esprit ouvert et pragmatique de manière à pouvoir répondre à des besoins humains réels et sauver des vies.

Si le document du Caire est parfois jugé radical, il n'est vraiment radical que sur l'arrière-fond des réalités du monde actuel - un monde où de grandes inégalités, la discrimination, la pauvreté, la violence, le conflit et la maladie continuent de prélever un tribut inacceptablement élevé, un monde où l'exclusion et le manque de tout pouvoir d'action sont le lot des pauvres et des défavorisés.

En votre qualité de parlementaires, vous occupez une position unique pour montrer la voie dans tous les domaines que j'ai mentionnés. Vous pouvez représenter les pensées, les sentiments et les besoins de ceux qui vous ont envoyés siéger au Parlement; et vous pouvez expliquer à vos électeurs la nécessité de mener une action internationale. Vous pouvez entrer en contact avec vos collègues d'autres pays, édifier des partenariats et amplifier leurs efforts pour résoudre les problèmes de population et de développement, qui en fin de compte ont un impact sur nous tous.

Ainsi donc, réaffirmons et consolidons notre engagement envers le Programme d'action de la CIPD et les principales mesures adoptées lors de l'examen conduit cinq ans plus tard. Travaillons ensemble à maintenir le cap, à élargir les partenariats efficaces et à conduire avec vision et vigueur. Le gonflement actuel de la classe d'âge des jeunes présente une occasion sans précédent de croissance et de transformation si un investissement concerté et massif est fait dans l'éducation, l'emploi et les soins de santé, y compris la santé en matière de reproduction.

Nous, les dirigeants, sommes responsables envers cette génération de tenir nos engagements. Les jeunes du monde entier se tournent vers nous avec une seule question aux lèvres ; ils veulent savoir si nous allons remplir nos promesses d'une vie meilleure. Oui, pouvons-nous tous dire. Mais cela ne suffit pas. Nous devons aller au-delà des mots - agir. Nous devons FAIRE tout ce qui est en notre pouvoir pour montrer à quel point nous travaillons dur pour changer le présent et susciter l'espoir dans l'avenir.

Oui, nous pouvons faire cela ensemble et vous seuls, Parlementaires, pouvez transmuer les voix du peuple en l'action des gouvernements.

Je vous remercie.


 


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