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Steven W. Sinding, POURQUOI LE PROGRAMME D'ACTION DU CAIRE EST SI IMPORTANTET POURQUOI NOUS DEVONS LUTTER POUR LE PRÉSERVER

Steven W. Sinding, Directeur général, Fédération internationale pour la planification familiale

Conférence mondiale des parlementaires sur la population et le développement, Ottawa, Canada


21/11/2002

Introduction

Je voudrais d'abord remercier les organisateurs d'avoir invité la Fédération internationale pour la planification familiale (FIPF), l'une des plus importantes ONG mondiales et la plus importante dans le domaine de la population, ainsi que dans celui des droits et de la santé en matière de reproduction et de sexualité. On m'a demandé de vous parler de la mise en oeuvre du Programme d'action de la CIPD.

Il y a certaines similarités entre les parlementaires et les organisations de la société civile. Tandis que vous êtes les représentants officiels de la population de vos pays respectifs, nous nous considérons comme ses représentants officieux. En tant que tels, nous sommes vos alliés, d'autant plus que nous pouvons parfois nous occuper des problèmes les plus délicats du Programme d'action de la CIPD. D'une certaine manière, une alliance entre les représentants officiels et les représentants officieux de la population est d'une importance cruciale pour faire progresser la mise en oeuvre du Programme d'action du Caire.

Comme j'occupe depuis peu la fonction de Directeur général de la FIPF et m'adresse à vous en cette qualité pour la première fois, je vous prie de m'accorder votre indulgence si je vous donne quelques détails sur la FIPF. Nous sommes une fédération qui comprend 150 associations nationales, actives dans 180 pays grâce aux contributions d'environ 120 millions de volontaires. Nous fournissons à 24 millions de personnes une information et des services dans le domaine de la santé en matière de reproduction. Tandis que certaines de nos plus petites associations ont un seul dispensaire dans la capitale du pays, la plus grande d'entre elles, l'Association chinoise de planification familiale, compte un million d'agences. Sur le plan des activités, tandis que certaines associations se limitent au plaidoyer, d'autres, comme Profamilia en Colombie, représentent la principale source disponible dans le pays de services et de fournitures sur le plan de la santé en matière de reproduction.

La FIPF a été fondée le 29 novembre 1952 - il y aura 50 ans vendredi prochain - à Bombay par des femmes de huit pays pleines de courage et de colère; de colère parce qu'elles voyaient la misère des femmes auxquelles on refusait l'accès au libre choix concernant leur fécondité, auxquelles on refusait aussi le droit de s'exprimer sur le plan politique du fait de leur exclusion du processus démocratique en de nombreux pays. Et pleines de courage parce qu'elles bravaient la législation restrictive en matière de contraception alors en vigueur dans de nombreux pays développés et dans leurs colonies, et parce qu'elles établissaient un réseau international d'associations de planification familiale qui, 50 ans plus tard, couvre le monde entier.

Tout au long de ses 50 années d'existence, la FIPF a joué le rôle de pionnier. En 1952, nous avons affirmé avec insistance que la planification familiale devait être considérée comme un droit fondamental, principe qui fut adopté en 1966 par l'Assemblée générale des Nations Unies et confirmé en 1968 à la Conférence de Téhéran sur les droits de l'homme. Sauf dans un très petit nombre de pays, ce sont les membres de la FIPF qui ont commencé à légitimer le concept de planification familiale, souvent en face de l'hostilité des pouvoirs établis et du conservatisme social. Ces associations membres ont joué un rôle décisif s'agissant de démontrer la sécurité et l'acceptabilité des contraceptifs modernes, de rendre les hommes plus conscients de leurs responsabilités et de préconiser l'introduction de l'éducation aux problèmes de population et de sexualité dans les programmes scolaires.

À la fin des années 60, la FIPF a compris qu'en raison du manque de dispensaires dans les zones rurales, il était nécessaire d'" inventer " une approche pour offrir des services là où il n'y avait ni centre médicaux ni médecins. En conséquence, au début des années 70, la FIPF a élaboré le concept de distribution à base communautaire, qui fut introduite d'abord en Thaïlande. L'étroite relation entre les associations membres de la FIPF et les communautés locales ont permis à nos membres d'incorporer la participation communautaire aux programmes de planification familiale, et ultérieurement d'introduire des approches de participation aux coûts afin de parvenir à une certaine autosuffisance.

Tout au long de ses quatre premières décennies d'activité, la Fédération a reconnu la relation qui existait entre croissance démographique et développement, mais nous avons toujours affirmé avec insistance que les programmes de planification familiale devaient être basés sur l'acceptation volontaire et le respect des droits fondamentaux. Nous avons cru qu'un choix informé, et non des objectifs démographiques, était le secret d'une mise en oeuvre réussie des programmes de planification familiale. Cette dimension " droits fondamentaux ", d'une part, et notre croyance en une approche globale de la santé et de l'affranchissement des femmes, de l'autre, ont conduit la FIPF à adopter en octobre 1992 notre Vision 2000, stratégie de programme qui a renforcé ces croyances. L'adoption par 179 pays du Programme d'action de la CIPD, intervenue deux ans plus tard au Caire, a confirmé la vision stratégique propre de la FIPF. Après la CIPD, la FIPF a commencé à comprendre que la réalisation de ses buts et objectifs stratégiques serait particulièrement précieuse si nous décidions de nous concentrer sur les aspects délicats et complexes du Programme d'action que les gouvernements n'étaient pas bien équipés pour aborder, ou bien dans les pays dont le gouvernement hésitait à agir.

Vers Le Caire + 10 : Réalisations et obstacles

La Conférence du Caire de septembre 1994 a représenté un jalon dans les domaines des droits et de la santé en matière de reproduction et de sexualité. À l'heure où nous nous rencontrons ici aujourd'hui, huit ans après le Caire, il vaut la peine de faire un rapide bilan de ce qui a été accompli, des obstacles à une pleine mise en oeuvre du Programme d'action, et des secteurs où le travail est encore inachevé. Comme Thoraya Obaid, Directrice exécutive du FNUAP, va présenter beaucoup des réalisations de la CIPD, j'appellerai votre attention sur quelques-unes seulement.

De nombreux gouvernements ont commencé aussitôt après Le Caire à s'écarter des objectifs démographiques et des quotas de planification familiale, préférant mettre les individus et les couples en mesure de décider librement de leurs choix procréateurs. L'un des premiers exemples en ce sens a été la décision prise en 1996 par le Gouvernement indien d'adopter pour l'ensemble du pays une "approche excluant tout objectif préconçu". Au Viet Nam, le parlement a examiné l'impact négatif de la politique interdisant plus de deux enfants par famille et décidé d'adopter de nouvelles politiques mieux en harmonie avec le Programme d'action du Caire. Et la Chine assouplit progressivement, de diverses manières, la politique d'un seul enfant par famille.

En valorisant l'égalité des sexes, la CIPD a poussé de nombreux gouvernements à introduire des programmes propres à affranchir les femmes et à persuader les hommes de participer plus pleinement aux programmes de santé en matière de reproduction et de sexualité, ainsi qu'à changer la législation en la matière. Si des progrès ont été réalisés, surtout dans le domaine de l'accès des jeunes femmes à l'éducation et aux savoir-faire, beaucoup d'obstacles subsistent, qui tiennent aux opinions traditionnelles sur le rôle des femmes dans la société.

En outre, certains mouvements sociaux et religieux aspirent à effacer les progrès réalisés par les femmes durant les 50 dernières années, et surtout la dernière décennie. Partout, les femmes luttent pour préserver et consolider l'égalité des droits dont elles auraient toujours dû jouir.

De nombreux gouvernements ont étendu les services de santé en matière de reproduction aux zones rurales et aux taudis des villes petites et grandes, qui ne cessent de s'étaler, des pays en développement. Néanmoins, 360 millions de femmes n'ont pas accès à des moyens de contraception sûrs et 600 000 femmes meurent chaque année du fait de complications consécutives à la grossesse. Si près de 60 % des femmes d'âge procréateur font aujourd'hui usage de contraceptifs, la majorité des 40 % restants n'ont que peu ou pas accès aux services de santé en matière de reproduction.

Les principaux problèmes

L'avortement pratiqué dans des conditions dangereuses

Il est tragique de devoir observer que, si les femmes n'ont pas accès à une contraception fiable, beaucoup d'entre elles recourent en cas de grossesse non désirée à un avortement pratiqué dans des conditions dangereuses, qui entraîne souvent la mort ou un dommage physique ou psychologique permanent. Dans le monde entier, près de 46 millions d'avortements sont pratiqués chaque année, certains légalement, les autres illégalement et dans des conditions dangereuses. Dans le monde en développement, la grande majorité sont effectivement pratiqués dans des conditions dangereuses. L'Organisation mondiale de la santé évalue à 78000 le nombre de femmes qui meurent chaque année du fait de ces interruptions de grossesse pratiquées dans des conditions dangereuses. Malheureusement, malgré ce massacre - 227 femmes par jour -, la plupart des gouvernements détournent les yeux.

Mais faire comme si l'avortement pratiqué dans des conditions dangereuses et les décès qui s'ensuivent n'existaient pas ne suffira à les faire disparaître. Il nous faut oublier ce qu'il y a de délétère dans le problème de l'avortement, affronter cette tragédie humaine en face et y trouver une solution. Qui le pourrait mieux que des responsables comme vous-mêmes? Vous pouvez mettre en route des examens attentifs de la situation actuelle dans vos pays respectifs, puis encourager un débat rationnel sur les moyens d'en finir avec les grossesses non désirées et l'avortement pratiqué dans des conditions dangereuses. Vous avez le choix entre de nombreuses approches. L'une d'entre elles consiste à décriminaliser l'avortement. C'est ce que le Parlement du Népal a fait en septembre dernier, rendant ainsi possible de sauver des vies.

Les jeunes

Le Programme d'action de la CIPD a eu raison de voir dans les jeunes un important groupe de population auquel il faut prêter appui concernant l'éducation, l'information et les services dans le domaine de la santé en matière de reproduction et de sexualité. La plus nombreuse cohorte de jeunes dans l'histoire atteint actuellement l'âge procréateur : ils sont 1,2 milliard durant la présente décennie, soit presque 20 % du nombre des vivants. Il n'y a jamais eu auparavant tant de jeunes qui avaient besoin de notre attention, et il n'y en aura jamais autant de nouveau! C'est la cohorte la plus nombreuse de l'histoire.

Et ces jeunes, que cela nous plaise ou non, deviennent sexuellement actifs à un plus jeune âge que jamais auparavant. C'est là un problème que, comme l'avortement, nous pouvons ignorer en espérant qu'il cessera de se poser, ou que nous pouvons affronter avec ouverture, intelligence et compassion. La vérité est que, quelle que soit la manière dont vous considérez le phénomène - sur les plans démographique, social ou sanitaire -, la décision de répondre ou non et la manière dont nous répondrons aux besoins de la plus nombreuse génération sur le plan de la santé en matière de reproduction et de sexualité auront un immense impact sur l'avenir.

Les jeunes femmes sont celles qui courent le plus grand risque d'avoir des grossesses non désirées et de recourir à des avortements pratiqués dans des conditions dangereuses. Ce sont elles aussi qui sont le plus exposées à mourir si elles tentent de mettre au jour. Les jeunes hommes et les jeunes femmes sont les plus vulnérables aux maladies sexuellement transmissibles, dont le VIH/sida ; et, comme leur cohorte est si nombreuse, le fait qu'ils aient ou non des enfants et le moment de leur naissance comporteront d'énormes conséquences pour le chiffre de la population dans l'avenir. Une grande partie des progrès réalisés durant les 50 dernières années de coopération internationale dans le domaine de la population pourrait être reperdue si nous ne réussissions pas à prendre en charge efficacement la plus nombreuse génération qui ait jamais existé.

Face à ce problème grandissant, vous pouvez considérer plusieurs choix possibles, dont le premier est celui que préconisent actuellement les États-Unis : l'abstinence. Mais nous savons tous que l'appel à l'abstinence n'a pas évité et n'évitera pas à des centaines de milliers de jeunes des grossesses non désirées, ni le VIH et d'autres infections sexuellement transmissibles. La solution la plus commune actuellement choisie pourrait s'appeler la situation de l'autruche : ne rien voir, ne rien entendre et ne rien faire jusqu'à ce que l'épidémie du VIH/sida, une grossesse non désirée ou un avortement pratiqué dans des conditions dangereuses vous atteignent au coeur - au coeur de votre famille, en l'occurrence.

Il est temps que les législateurs affrontent la réalité : les jeunes ont de sérieux problèmes de santé en matière de reproduction et de sexualité. Les coûts de l'inaction - sur les plans sanitaire, social, économique, démographique et même politique - pourraient être énormes.

Le VIH/sida

Au Caire, le monde a pris conscience de l'ampleur de la dévastation causée par la pandémie du VIH/sida et a compris à quel point la situation pourrait empirer. La communauté des nations a recommandé d'amples approches pour prévenir la catastrophe grandissante. Malheureusement, la moralité mal inspirée de ceux qui s'opposaient et qui s'opposent encore à une large distribution de préservatifs et à la diffusion des connaissances sur la sexualité et la santé sexuelle a aidé l'épidémie à s'étendre par à-coups, ravageant certaines parties de l'Afrique subsaharienne et gagnant rapidement l'Asie, notamment les deux pays les plus peuplés du monde, la Chine et l'Inde.

Plus de 20 millions de personnes sont mortes du sida; plus de 40 millions sont actuellement atteintes du sida; et près de 10 êtres humains, parmi lesquels beaucoup de nouveau-nés, sont infectés à chaque seconde de chaque jour. Au moment où nous gagnerons notre lit ce soir, 14 000 personnes le seront devenues depuis le matin. Quand nous nous rencontrerons dans deux ans à l'occasion du Caire + 10, ce sera le cas de 10 millions. En outre, rien qu'en Asie, le nombre des orphelins du sida est voisin de 860 000. Nous ne pouvons permettre que cette tragédie continue.

Le VIH/sida et deux autres maladies infectieuses, le paludisme et la tuberculose, ont reçu l'attention du Groupe des Huit au Sommet d'Okinawa et celle du Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan. Il a institué le Fonds mondial de lutte contre ces trois maladies, et c'est là certainement un pas dans la bonne direction. Mais qu'en est-il du financement des autres composantes du Programme d'action de la CIPD et, en particulier, de l'accès universel aux services de santé en matière de reproduction et de sexualité d'ici l'an 2015? Malheureusement, le tableau est plutôt sombre.

Beaucoup d'entre nous se souviennent de la résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies sur l'aide publique au développement adoptée en 1970, qui encourageait les gouvernements des pays développés à consacrer 0,7 % du produit national brut à l'aide au développement. Malheureusement, 32 ans après l'adoption de cette résolution, cinq pays seulement ont réussi à atteindre l'objectif de 0,7 %. Ces pays sont le Danemark (1,01 %), la Norvège (0,83 %), les Pays-Bas, le Luxembourg (0,82 %) et la Suède (0,76 %). Je saisis cette occasion pour saluer les membres ici présents des parlements de ces pays et les remercier de l'intérêt au développement qu'ils expriment à travers cette aide.

Malheureusement, je ne peux dire la même chose du gouvernement de mon propre pays, dont la maigre contribution est aujourd'hui de 0,11 %.

Malheureusement encore, dans le financement global de la coopération pour le développement, l'aide à la population fait figure de parent pauvre. Malgré nos efforts pour voir 4 % de l'APD consacrés à ce secteur, la part actuelle dans les pays développés n'est que de 2,6 %. Six pays seulement ont atteint ce taux de 4 %. Il est intéressant de noter que les États-Unis sont l'un d'eux, surtout grâce au Congrès et à quelques dirigeants déterminés qui y siègent, dont Carolyn Maloney et Joe Crowley, qui sont parmi nous aujourd'hui. Merci de vos efforts.

De nombreux donateurs sont tentés de diminuer leur financement de la santé en matière de reproduction parce que, disent-ils, leur priorité est actuellement d'alléger la pauvreté, comme le demandent les objectifs de développement pour le Millénaire (MDG). Et, sans aucun doute, l'élimination de la pauvreté est et doit rester le principal objectif de l'aide au développement. Mais la pauvreté n'est pas seulement le manque d'argent. La pauvreté est aussi un état de privation dans d'autres domaines essentiels : l'éducation, la santé, la culture. La pauvreté est un monstre à têtes multiples, comme l'hydre, et il faut l'attaquer avec des armes multiples. L'expérience de l'Asie de l'Est et du Sud-Est au cours des 30 dernières années fait apparaître l'importance essentielle de bons services de santé en matière de reproduction aux fins d'éliminer et d'atténuer la pauvreté. L'exposé que Tom Merrick fera plus tard durant cette conférence montre combien de solides programmes de santé en matière de reproduction sont importants dans la lutte contre la pauvreté et j'espère que vous écouterez tous attentivement ce que Tom a à nous dire. Le développement économique est beaucoup plus difficile en l'absence d'une politique de la population bien conçue et humaine, et il est impossible d'éliminer la pauvreté au niveau individuel si les individus ne sont pas en mesure de jouir de cette liberté plus fondamentale que toutes les autres - la liberté d'avoir des enfants en fonction de leur propre choix : le nombre d'enfants qu'ils veulent, au moment où ils les veulent. La lutte visant à assurer l'accès universel aux services de santé en matière de reproduction d'ici à 2015 fait partie intégrante de la lutte pour atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire et pour alléger la pauvreté.

Cette conférence se tient à un moment crucial dans l'histoire du mouvement pour une politique de la population et pour la santé en matière de reproduction. Il y a huit ans, ceux qui étaient au Caire ont déployé de prodigieux efforts pour réunir un consensus international autour du Programme d'action du Caire. Près de 180 pays, dont les États-Unis, ont donné leur bénédiction à ce consensus.

En tant qu'Américain, cela me chagrine beaucoup de dire que les États-Unis, comme une fois déjà dans le passé, ont fait marche arrière et décidé de monter une attaque systématique et soutenue précisément contre ces droits et services dont ils furent au Caire les champions si vigoureux. En janvier 2001, le Gouvernement des Etats-Unis a cessé de financer la FIPF, alléguant que la FIPF défend le droit des femmes au choix de mettre fin à une grossesse. Allant plus loin, ils ont ensuite cessé de financer l'UNFPA, usant cette fois de l'argument que les fonds de l'UNFPA sont utilisés pour soutenir des services d'avortement et de stérilisation forcés en Chine, allégation discréditée par une délégation parlementaire britannique et par une délégation du State Department des États-Unis qui se sont rendues en Chine cette année.

Mais l'attaque ne s'arrête pas là. Durant le Sommet mondial pour les enfants, en mai dernier, la délégation des Etats-Unis a fait très vivement objection à l'emploi de la terminologie convenue au Caire - les expressions " services de santé en matière de reproduction " et "droits en matière de reproduction ", parce que selon elle ces expressions suggèrent une acceptation de l'avortement. En outre, les Etats-Unis ont exercé de vigoureuses pressions afin, entre autres choses, d'inclure des programmes pour les jeunes préconisant exclusivement l'abstinence, ce qui revient à édulcorer les termes traduisant le consensus sur l'avortement qui avaient recueilli l'accord général, même celui du Vatican, et de supprimer toutes les références à l'éducation sexuelle.

Et maintenant, ce mois même, les Etats-Unis ont tenté d'affaiblir encore le langage convenu au Caire en annonçant à la réunion préparatoire de la cinquième Conférence sur la population dans la région Asie-Pacifique, tenue à Bangkok, leur détermination de cesser d'appuyer le Programme d'action du Caire - décision qu'ils qualifient de " non négociable ". À notre colloque du cinquantième anniversaire, tenu à New Delhi la semaine dernière, la FIPF a rendu publique une déclaration signée par près de 50 dirigeants dans le domaine de la santé et des droits en matière de santé et de reproduction. J'en cite le passage suivant : " Nous soussignés ,,, dénonçons unanimement tous les efforts qui visent à affaiblir ou dénaturer le Programme d'action ; nous condamnons, en particulier, les efforts récents et en cours qui visent à miner ou vider de leur contenu les accords et engagements conclus à la CIPD ; et nous nous engageons à plaider à l'échelle mondiale pour sauvegarder et promouvoir le Programme d'action de la CIPD dans nos efforts communs pour soutenir partout la santé et les droits en matière de reproduction. "

Où cela s'arrêtera-t-il? Je fais appel aux parlementaires de tous les pays pour préserver les gains durement acquis au Caire. Le Programme d'action de la CIPD n'est pas un agenda radical, comme les Etats-Unis voudraient que nous le croyions. C'est le consensus, négocié avec soin, de 179 États membres, qui s'efforcent tous au mieux de leurs moyens de préserver leurs traditions culturelles et religieuses tout en reconnaissant l'importance de veiller à ce que femmes et hommes puissent exercer sans danger et efficacement leur droit de déterminer le nombre de leurs enfants et l'espacement de leur naissance et de se protéger des maladies et infections sexuellement transmissibles.

Le Consensus du Caire est une contribution majeure à la dignité humaine et au développement humain. À ce titre, c'est notre devoir collectif de le préserver.

Je vous remercie beaucoup de votre aimable attention.


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